Accueil » Bien-être au travail : prendre soin de soi… mais pas seulement
Faire des pauses, préserver son sommeil, pratiquer une activité physique, apprendre à déconnecter, prendre du temps pour soi… Les conseils pour mieux vivre nos journées de travail sont nombreux. Et ils sont souvent précieux.
Mais avons-nous réellement la possibilité de les appliquer lorsque les journées débordent, que les sollicitations s’accumulent ou que nous disposons de peu de latitude pour organiser notre travail ?
Le bien-être au travail repose sur un équilibre. Nos habitudes personnelles comptent, mais notre environnement professionnel joue lui aussi un rôle essentiel. Prendre soin de soi ne signifie donc pas devoir porter seul la responsabilité de son équilibre.
Et lorsqu’une situation professionnelle soulève des questions concernant votre santé, votre médecin traitant ou votre service de prévention et de santé au travail restent des interlocuteurs privilégiés.
Commençons par une évidence : les habitudes individuelles ont leur importance.
Préserver une bonne qualité de sommeil, bouger régulièrement, manger de manière équilibrée, s’accorder de véritables pauses ou conserver des activités en dehors du travail contribuent à notre équilibre général.
La déconnexion a également son importance. Lorsque la journée professionnelle est terminée, pouvoir consacrer pleinement son attention à sa famille, ses amis, ses loisirs ou simplement à soi permet de créer une séparation entre les différents temps de notre vie.
Ces habitudes constituent de véritables ressources.
Mais elles ne peuvent pas tout résoudre.
Imaginez une personne à qui l’on conseille de prendre davantage de pauses alors que son agenda ne lui laisse quasiment aucun espace disponible.
Ou quelqu’un que l’on encourage à se déconnecter le soir alors que les sollicitations professionnelles se poursuivent tardivement.
Le conseil peut être pertinent. Pourtant, les conditions nécessaires pour l’appliquer ne sont pas toujours réunies.
L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) rappelle justement que la prévention au travail doit aussi porter sur l’organisation elle-même : charge de travail, autonomie, définition des rôles, soutien, reconnaissance, communication ou encore participation aux décisions.
Autrement dit, la question n’est pas uniquement : « Que puis-je faire pour mieux vivre mon travail ? »
Elle peut aussi devenir : « Dans quelles conditions mon travail me permet-il de préserver mon équilibre ? »
Opposer responsabilité individuelle et responsabilité de l’entreprise serait pourtant trop simple.
Nous pouvons plutôt imaginer trois niveaux qui se complètent.
À l’échelle individuelle, chacun peut apprendre à mieux connaître son rythme, préserver ses temps de récupération, organiser ses priorités et exprimer ses besoins.
À l’échelle du collectif, les collègues peuvent favoriser l’entraide, l’écoute, le partage d’expérience et une meilleure coopération.
À l’échelle de l’organisation, les managers et dirigeants disposent d’autres leviers : ajuster la charge de travail, clarifier les priorités, donner davantage de marges de manœuvre, reconnaître le travail accompli et permettre de véritables temps de déconnexion.
La prévention devient alors une responsabilité partagée, dans laquelle chacun agit à son niveau.
Le dialogue constitue probablement l’un des outils les plus accessibles.
Une équipe peut prendre régulièrement le temps de se demander : la charge actuelle est-elle réaliste ? Les priorités sont-elles suffisamment claires ? Chacun dispose-t-il des informations nécessaires ? Certaines tâches pourraient-elles être organisées différemment ?
Ces échanges permettent de parler non seulement des résultats attendus, mais aussi de la manière dont le travail est réellement vécu et réalisé.
L’INRS souligne d’ailleurs l’importance d’une démarche participative associant les salariés à la réflexion sur les situations de travail.
Créer ces espaces de dialogue permet de passer d’une logique où chacun cherche ses propres solutions à une réflexion plus collective : comment pouvons-nous mieux travailler ensemble ?
Méditation, respiration, activité physique, yoga, relaxation… Ces pratiques peuvent offrir de précieux moments de recentrage.
Mais attention à un paradoxe : le bien-être ne devrait pas devenir une tâche supplémentaire à réussir.
Il n’est pas nécessaire de méditer chaque matin, de pratiquer une activité physique à midi et de réaliser des exercices de respiration entre deux réunions pour avoir l’impression de « bien gérer » son quotidien.
Ces pratiques doivent rester des ressources que chacun peut choisir selon ses besoins et ses envies.
Surtout, elles ne peuvent pas se substituer à une réflexion sur l’organisation lorsque celle-ci mérite d’évoluer.
Prendre soin des personnes et prendre soin des conditions dans lesquelles elles travaillent sont deux démarches complémentaires.
Quelques ressources françaises permettent d’approfondir le sujet et de prendre du recul sur notre rapport au travail.
📘 À lire : Le travail à cœur, d’Yves Clot. Psychologue du travail et professeur émérite au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), Yves Clot propose une réflexion sur la qualité du travail, le pouvoir d’agir et la place du collectif. Une lecture particulièrement intéressante pour comprendre pourquoi le bien-être professionnel ne peut pas être envisagé uniquement à l’échelle individuelle.
🎧 À écouter : les ressources audio de l’Anact consacrées au travail et à la qualité de vie et des conditions de travail. L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail donne la parole à des professionnels et spécialistes autour de l’organisation du travail, du management, du dialogue professionnel et de la prévention.
💻 À consulter : les ressources de l’INRS sur la prévention au travail. L’Institut propose des dossiers, outils et guides accessibles aux salariés comme aux entreprises. Sa brochure destinée aux managers met notamment en avant neuf leviers : évaluer la charge de travail, développer l’autonomie, soutenir les collaborateurs, reconnaître leur travail, donner du sens, mieux communiquer ou encore faciliter l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle.
Notre santé se construit dans différents espaces de notre vie. Le travail en fait partie.
Préserver son sommeil, bouger, apprendre à ralentir ou s’accorder du temps pour soi reste précieux. Mais une approche durable du bien-être au travail consiste aussi à regarder notre environnement, notre organisation, nos relations et les marges de manœuvre dont nous disposons.
Certaines approches complémentaires référencées sur Éthiconnect peuvent accompagner une démarche personnelle de mieux-être : sophrologie, activité physique adaptée, accompagnement Pleine Conscience, massages bien-être, shiatsu, psychothérapie ou encore coaching de vie, selon les besoins et attentes de chacun.
Elles doivent toutefois conserver leur juste place. Une pratique individuelle ne peut pas, à elle seule, modifier une organisation professionnelle qui aurait besoin d’évoluer.
C’est peut-être finalement l’un des repères les plus importants : prendre soin de soi tout en créant, collectivement, des conditions qui permettent réellement de le faire. 🌿
Et lorsque votre situation professionnelle soulève une question concernant votre santé, n’hésitez pas à en parler avec votre médecin traitant ou avec les professionnels de votre service de prévention et de santé au travail.
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